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La "biblio box" au banc d’essai

jeudi 19 mars 2009, par Claude Poissenot


LA « BIBLIO BOX » AU BANC D’ESSAI

Qu’est-ce que la bibliothèque d’après ce qu’elle donne à voir sur son site web ? C’est à cette question qu’un groupe d’étudiants de DUT « Métiers du livre » de l’IUT Nancy-Charlemagne devait répondre. Pour présenter les résultats de leur enquête, ils ont réalisé un photomontage ironique à partir de la « Darty box »...

La biblio box

Montage de Audrey Megia. Illustration : Richie Fahey, « Pin-Up Girl : Quiet Please Librarian »

Leur travail est basé sur un échantillon de 60 bibliothèques de toute la France et de taille variable. Des tendances assez claires se dégagent et les sites web des bibliothèques écrivent ce qui figure sur la « biblio box » comme ce qui en est absent.

Dans près de 80% des sites, les animations apparaissent sur la page d’accueil. La bibliothèque se donne à voir à travers les événements qu’elle organise. Ceux-ci portent sur des thèmes précis qui sont loin de pouvoir intéresser un public très large et le risque n’est pas nul que les visiteurs du site prennent la partie pour le tout c’est-à-dire qu’ils étendent leur peu d’intérêt pour l’animation à la bibliothèque dans son ensemble. Par exemple : l’effet « vitrine » du « Printemps des poètes » est sans doute assez limité...

La bibliothèque se donne aussi à voir à travers ses documents. Elle met en avant les « nouveautés », les « coups de cœur » (notamment pour la jeunesse), son « patrimoine » ou son « catalogue ». Elle le fait parfois en utilisant le jargon professionnel : « documents sonores », « fonds local », etc. Cette mise en avant des documents prend place dans le cadre d’une relation asymétrique (« de nous à vous » comme une bibliothèque choisit d’intituler sa rubrique qui rassemble « coups de cœur » et « sélections thématiques »). Les visiteurs sont invités à découvrir les « trésors » que la bibliothèque accumule et choisit pour eux. Leur possibilité d’intervenir n’apparaît pas que ce soit pour des « coups de cœur de lecteurs », des suggestions d’achat ou des commentaires sur la bibliothèque ou sur d’autres sujets. La bibliothèque se présente comme une institution au sens où elle a vocation à transmettre plus qu’à échanger ou écouter... Son caractère institutionnel se dégage aussi du style indirect très largement utilisé et aussi du caractère très impersonnel du service (très rares sont les équipements qui parlent de leur personnel).

La bibliothèque tend à se montrer comme une institution documentaire qui prolonge son activité vers l’animation culturelle. Cette image ne recouvre pourtant pas la réalité des fonctions qu’elle remplit. Ainsi, aucun site visité ne signale explicitement l’usage scolaire comme une modalité possible de fréquentation de la bibliothèque alors que c’est une motivation massive de fréquentation chez les jeunes. Le discours institutionnel l’emporte sur la réalité des usages de l’équipement. De même l’usage de la bibliothèque comme lieu de lecture ou de séjour n’apparaît presque pas. Et Saint Quentin en Yvelines se démarque quand elle explique : « Vous avez ainsi la possibilité de vous installer confortablement pour lire, ou travailler grâce aux différents espaces aménagés à cet effet. ». Ces usages qui pourraient résister le mieux à la dématérialisation de l’information sont négligés, cachés. Et si presque toutes les bibliothèques fournissent des renseignements sur comment y accéder (plan, horaires), presque aucune ne signale les usages qu’on peut en faire ou bien même comment se présentent les lieux. Très peu de sites en effet présentent des photos ou vidéos de leurs espaces. Ceux qui ne connaissent pas le lieu ne pourront le découvrir de façon virtuelle. On ne trouve pas sur les sites ce qui figure souvent sur les sites des bibliothèques publiques anglo-saxonnes : un « virtual tour » de la bibliothèque (voir l’exemple ici : http://www.eapl.org/tour/Library-Introduction.asp).

Au total, les bibliothèques se donnent à voir de façon assez froide et restrictive. Alors qu’Internet est un moyen pour rencontrer (et intéresser) les non-usagers, on a l’impression qu’elles s’adressent seulement aux usagers... A l’heure où plus de la moitié de la population a une box lui donnant accès à Internet en haut débit, il faudrait peut-être mettre davantage en valeur la « biblio box », non ?

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7 Messages de forum

  • La "biblio box" au banc d’essai

    28 mars 2009 18:13, par Hélène Beunon
    Peut-on accéder au montage ? Il semble qu’il manque un lien si vous souhaitiez le mettre en ligne. Merci de ce début d’analyse, nous sommes entrain de réfléchir à la forme que devra prendre notre site et comment éviter le jargon professionnel. Je suis partante pour échanger sur le sujet !

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    • La "biblio box" au banc d’essai 28 mars 2009 21:07, par Claude Poissenot

      La question du jargon apparaît comme un point clairement repérable et à modifier. Je crois que, plus largement, il conviendrait de parvenir à se mettre à la place des usagers potentiels du site (et de la bibliothèque). Cela signifie qu’il faudrait proposer dès la page d’accueil des grandes modalités d’usages possibles parmi lesquels les internautes pourraient choisir et trouver ensuite des propositions de services, des collections, etc qui soient autant de manières de satisfaire les attentes des visiteurs. Je trouve que le site de la bibliothèque de Pittsburgh dédié aux adolescents offre un bon exemple de ce qu’il faudrait faire : http://www.clpgh.org/teens/.

      C’est le mérite de l’enquête menée par les étudiants d’avoir pointé les lacunes de nombreux sites web... Penser autrement la bibliothèque... et son site.

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      • La "biblio box" au banc d’essai 10 avril 2009 20:47, par Bernard
        La construction des sites actuels semble effectivement obeir à des habitudes assez nettes. Mais je ne pense pas que ce soit un problème. Il faut bien ouvrir le site sur une page, et la page d’actualités me parait plus vivante et plus attractive que le descriptif du batiment, les secteurs ou les modalités d’inscription et autres contenus figés. Quant au jargon il n’est pas si evident. Effectivement il s’agit bien d’une vitrine. Le vrai problème c’est la non-interactivité qui se dégage des blogs ou sites de bibliothèques existant actuellement. A partir de touti frouti (http://toutifrouti.viabloga.com/), le "portail des bibliothèques qui parlent à leurs usagers",qui en recense plus d’une quarantaine, on se rend bien compte que c’est le bibliothécaire qui parle, ou des benevoles, qui présentent leurs coups de coeur etc....mais que l’usager n’a pas la parole (ou ne la prend pas). La vraie question est là. Certains blogs littéraires d’ados fonctionnent pourtant assez bien. Comment peut-il se faire que je n’aie jamais vu sur un site de bib un lecteur qui pose une question sur les heures d’ouverture, par exemple, alors que nous savons que la question est assez présente actuellement ? Etant moi-mème en phase de création, je pense mettre l’interactivité réelle au centre de la "vitrine", et pas seulement par des coups de coeur litteraires. Un exemple interessant, celui de la bib de Saint-Michel de Maurienne (http://biblio-st-michel-de-maurienne.over-blog.com/), qui affiche une rubrique "Allez comprendre",avec une belle liberté de ton, qui devrait susciter des réactions de lecteurs. A voir.

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  • La "biblio box" au banc d’essai

    10 juin 2009 12:41, par lisebelle

    " Ainsi, aucun site visité ne signale explicitement l’usage scolaire comme une modalité possible de fréquentation de la bibliothèque alors que c’est une motivation massive de fréquentation chez les jeunes. Le discours institutionnel l’emporte sur la réalité des usages de l’équipement."

    Le problème sur ce point est, il me semble, que les certains bibliothécaires acceptent difficilement ces usages (scolaires, flâneries sans inscriptions...)et ils ne souhaitent évidemmment pas les mettre en avant. Etant bibliothécaire moi-même, combien de fois ai-je entendu des collègues dire que "nous n’étions pas un CDI" ou s’interroger sur des lecteurs ne voulant pas emprunter les documents. Je pense que nous avons une vision assez restrictive de nos espaces bibliothèques et de la manière dont les lecteurs devraient les utiliser. Les sites en sont l’illustration parfois.

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  • La "biblio box" au banc d’essai

    28 juillet 2009 10:37, par Stéphane Flauder

    « La bibliothèque se présente comme une institution au sens où elle a vocation à transmettre plus qu’à échanger ou écouter... »

    Je laisse un message ici car je crois qu’il n’y a pas d’autre article qui aborde vraiment ce point sur votre site M. Poissenot ; vous parler de la vocation à échanger ou écouter, et je crois que dans ce domaine en effet il y a encore énormément à faire. L’un de mes "fantasmes" professionnels serait de conserver voire mettre à disposition du public des "récits de vie" des citoyens qui le souhaitent (il existe bien une "association pour l’autobiographie", qui conserve l’autobiographie de qui le souhaite (http://www.sitapa.org/accueil.php) - je pense notamment aux anciens combattants ou aux ouvriers d’industries désormais disparues, il y a un travail sociologique et mémoriel considérable à côté duquel on passe, sauf erreur de ma part.

    Dans un autre domaine, à part quelques bibs qui se sont spécialisées là-dedans, comme celle de Poitiers qui avec sa "Fanzinothèque" (http://www.fanzino.org/) conserve toutes les publications amateurs de France, il faudrait que "toutes" les bibliothèques fassent un vrai travail d’acquisition, de conservation et de prêt de toutes les publications amateurs et autres autoproductions locales (les groupes locaux, les artistes, etc). Cela existe déjà notamment à Haguenau, avec sa "démothèque" (http://mediatheque.ville-haguenau.fr/demotheque), et j’espère bien réussir à mettre quelque chose du genre en place un jour. Cela dit, on ne peut pas forcer les gens à échanger avec leur bibliothèque locale ; justement, j’ai essuyé des refus de groupes de rock locaux qui ne voulaient pas voir leurs démos dans notre fonds, de peur d’être "piratés".

    Que la bibliothèque écoute les citoyens et soit un lieu de conservation et de propagation de leur parole, oui, encore faut-il qu’ils veuillent bien nous parler !

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    • La "biblio box" au banc d’essai 29 juillet 2009 07:09, par Claude Poissenot

      La fonction de transmission des institutions est fragilisée par la revendication de nos contemporains à se définir eux-mêmes. Ce constat que l’on peut regretter (moins pour soi-même en tant qu’individu, qu’à titre de membre d’une institution) oblige à repenser le cadre même de leur action. Et c’est pour cela que je propose de mieux intégrer l’échange ou l’écoute dans le cœur même du projet bibliothèque.

      Mais cette « révolution » se heurte à de nombreux obstacles. L’expression des citoyens ne prend pas des formes toujours compatibles avec la notion de « document ». Comment traiter la mémoire orale en réécriture permanente ? Comment composer avec ces formes amateurs de publication ? Les initiatives que vous signalez ont le mérite de chercher des réponses. Mais la difficulté réside également dans la perception par les citoyens de la bibliothèque. Il faudra sans doute du temps et beaucoup d’effort de la part de cette institution pour qu’elle apparaisse comme le cadre naturel de recueil d’informations émanant de nos contemporains (pas seulement les auteurs ou artistes locaux). Cela supposera un travail au niveau national pour modifier l’image de l’institution. Mais c’est surtout au niveau local que cela nécessitera un travail pour accueillir, susciter, mettre en valeur ces informations dont les citoyens sont porteurs et qui composent l’identité locale. La bibliothèque en se chargeant de la mémoire plurielle et en cours d’écriture au niveau local contribue à la production de références collectives et ainsi au lien social. Vastes et passionnants chantiers...

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      • La "biblio box" au banc d’essai 6 août 2009 11:58, par Stéphane Flauder

        Techniquement je suppose qu’il existe des solution assez " simples " pour l’archivage des contenus changeants (par exemple, concrètement, une bibliothèque peut sur ses serveurs faire des sauvegardes mensuelles de tous les blogs et sites perso des citoyens de sa ville - ça n’est que ce que fait le site Internet Archive (http://fr.wikipedia.org/wiki/Internet_Archive)avec sa "Wayback Machine" qui prend des "photos" du web depuis des années.

        Le problème n’est " que " psychologique, générationnel, culturel. Du côté des bibliothécaires eux-mêmes, d’accord, et je crois qu’il n’y a pas besoin de développer. Du côté des citoyens eux-mêmes, ensuite, qui soit ne se doutent même pas qu’une bibliothèque pourrait remplir ce rôle, soit qui s’en moquent. Sans compter les réactions hostiles (peur du flicage, "droit à l’oubli", etc). Comment faire comprendre à la population qu’un tel archivage de ... tout, présente un intérêt ? Et quel intérêt exactement, d’ailleurs ?

        Tout cela demande aussi de l’argent, du matériel, du temps, et il faut donc également convaincre les élus d’investir dans ces nouvelles missions des bibliothèques, alors qu’il n’est pas toujours évident d’avoir de quoi acheter des livres jusqu’à la fin de l’année. Voilà qui devrait nous ramener sur terre.

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