Dernier ajout : 20 juin 2007.
Comment la bibliothèque s’adresse-t-elle au public par les animations ?
Expositions, rencontres avec des auteurs, heures du conte, etc. comment cela est-il perçu par les usagers ? Quelle place cela lui confère-t-il ? Peut-on inventer d’autres formes d’animations ? Faut-il renoncer à certaines ?
Il existe un probleme de base sur l’animation en général. Tout d’abord quelques constats : Statistiquement, jamais une animation n’a amené un lecteur supplémentaire à s’inscrire dans une bibliothèque.C’est mesurable (si l’on veut vraiment le mesurer). L’argument d’une politique d’animation qui permettrait de toucher de nouveaux publics (emprunteurs) est dénué de sens.
Cela fait trente ans qu’on fait de l’animation (de façon plus large que l’heure du conte) basée sur cet argument. On en fait de plus en plus.Le temps qu’y consacrent les personnels est devenu pléthorique.Les budgets aussi, parfois. Or la bibliothèque perd du lectorat.Le rapport entre les deux n’est donc pas evident du tout.
L’animation traditionnelle, dite "autour du livre", permet une valorisation des fonds aupres de publics dèja inscrits et apporte une vitalité supplémentaire à la structure, notamment en accordant une place à l’interactivité,l’actualité ou à des thématiques.Les formes de ce type d’animation sont assez ciblées : expositions,venues d’auteurs...elles réunissent en general des publics déja "dans le circuit" et finalement assez peu nombreux. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas le faire. Simplement, si après évaluation (rapport budget/temps de travail/public touché) on devait trouver un justificatif "de rentabilité" (inscriptions, prêts) à cette pratique,peu de structures se verraient accorder des moyens ou un soutien à ce niveau par leurs autorités de tutelle.J’ai dailleurs remarqué que souvent on n’évalue pas tres clairement ces pratiques.Elles font partie du rôle fondamentalement "culturel strict" que nous nous accordons. Nous nous valorisons beaucoup sur ces pratiques un peu militantes, un peu sur l’air de "on n’a pas la quantité mais on a la qualité".Un peu comme nous nous valorisons par les achats chez les petits editeurs. Je me souviens d’une collègue qui avait travaillé plus d’un mois sur le "printemps des poetes" pour récolter une fréquentation de 5 personnes. C’est désolant mais nous affirmons tout de meme hautement que dans ce domaine, meme s’il n’y en avait qu’un cela vaudrait encore la peine.On ne transige pas sur ces choses là, monsieur !
En dehors de cette pratique traditionnelle, s’est developpée toute une dérive de l’animation au sens le plus large. Quelques recettes bien rôdées ont permis de donner ses lettres de noblesse (en termes de rentabilité)à cette pratique : Tout d’abord jouer sur les publics dits "captifs", essentiellement les scolaires et organiser une fréquentation massive de classes toute l’année. Egalement organiser beaucoup de manifestations "hors les murs".Pour cela, il faut élargir un peu les thématiques proposées. En effet la bibliothèque s’exporte assez bien ..à condition qu’elle ne fasse pas trop bibliothèque. On a alors organisé toute une ribambelle d’alibis culturels (puisque le rapport avec le livre n’était plus évident)permettant de remplir des salles ; Cela va de la projection de dessins animés à des "ateliers" de type centre aéré sur tous thèmes. Cela va jusqu’à l’organisation d’une compétition de roller "pour attirer les ados" (veridique !), ou des ventes de livres usagés (très valorisant pour le livre !).
Cela peut donc devenir le grand n’importe quoi. L’alibi culturel est toujours facile à trouver.Et le soutien des élus est garanti : ils adorent qu’on parle de leur ville d’une façon générale et ne seront pas regardants sur les contenus s’il y a une belle photo dans le journal.
Le propos n’est pas si caricatural qu’il en a l’air.Lisez les compte-rendus d’animation dans les journaux locaux. Souvent, plus la structure est petite ou manque de moyens et plus elle pratique ce type de dérive. Elle entre dailleurs souvent ainsi en concurrence avec d’autres acteurs locaux (maisons de jeunes, centres aerés...) dont c’est la mission première.Et qui savent faire.En animant à tout va, souvent avec trois benevoles et quatre bouts de ficelle (en France tout le monde "anime" quelque chose, c’est inné), les bibliothèques devalorisent aussi la fonction d’animation et les métiers qui s’y rapportent. Par ailleurs il faut reconnaitre que dans certaines petites villes où la bibliothèque est parfois le seul lieu de ce type, il est normal de considerer qu’elle puisse, et doive, jouer un rôle plus large.
Il me semble donc qu’un recentrage des pratiques d’animation est necessaire. La bibliothèque n’a pas à avoir honte de ce qu’elle est au point de s’engouffrer dans des pratiques activistes qui finalement desservent son image, en la brouillant. L’élargissement du profil des publics, le souci d’être "en phase" avec la vie de la cité, d’être présente et visible au maximum, de conquérir des publics "jeunes" ,sont probablement indéniables. C’est aussi pour ces memes raisons que les politiques d’acquisition s’élargissent, à juste titre (voir le débat sur les best-sellers et les achats multiples ). Comme pour les acquisitions,comme pour le multimédia, on pourrait donc penser que l’animation s’est simplement adaptée à une nouvelle demande. Et pourtant c’est différent :D’instrument au service de la valorisation des fonds, elle est est passée à un statut qui fait qu’elle se justifie en elle-meme Est-ce productif ? Est-ce dans nos missions ?
Ou bien defendre des pratiques modestes aux résultats improbables ou bien se perdre dans une dérive sans fin vers l’attractivité maximale ? Il n’est meme pas sûr que le choix reste possible.On s’est habitué à ce que la bibliothèque soit très présente dans la ville à ce niveau. Il n’est pas évident de revenir la-dessus.On peut considérer qu’une perte identitaire a eu lieu.Et l’on sait que la (nouvelle ?) bibliothèque-médiathèque peine déja à trouver et à organiser sa visibilité actuelle et future. Bien sûr, ce sera toujours plus rigolo que le catalogage..
Merci pour cette contribution utile, vivante et pleine de doutes autant que de probables vérités.
C’est intéressant de remonter à la question des missions dans le cadre de cette réflexion sur les animations. Quel but poursuit-on ? Pour toucher quel public ? Qui cela sert-il ? Autant de belles questions qu’il faudrait pouvoir alimenter par des tentatives de travaux, même localisés. Merci encore
mais qu’est ce que l’animation en bibliothèque ? si cela consiste à donner à lire à des lecteurs, en effet, ça ne sert à rien.
l’animation (ça devrait être clair pour quelqu’un qui est dans la profession de puis 30 ans), ça sert à donner du sens, ça participe à l’élucidation du monde (voir michel Rio), et ça passe par la jubilation qui est l’appropriation du sens (voir perec). Bon soyons clair. L’animation demande que l’on veuille bien mouiller sa chemise. Construire un projet cohérent n’est si facile (intellectuellement).
Une expo, une rencontre d’auteur n’apporte rien en terme d’incription à la bibliothèque.
un travail d’atelier préalable est souvent bien plus porteur si le personnel, voir des élus y participent au même titre que le citoyen x (et pas nécessairement lecteur). Il faut créer de la relation, du lien, de la connivence,de l’échange, de la rencontre, de la reconnaissance, de l’image positive.
La personne qui a transpiré 2 jours en compagnie d’un bibliothécaire à essayer de construire un flip book, ou à comprendre comment on met en musique un texte (sous la conduite d’un intervenant pertinent) a plus de raison de venir au spectacle ou à l’expo en lien mais surtout, s’il a éprouvé de la satisfaction dans cette expérience, il a toute chance de devenir prescripteur du lieu : c’est une bonne bibliothèque avec de bons professionnels (ils font des trucs bien ; j’y étais. Je le connaits il a aussi fait l’atelier) Faites ça 3 fois par ans pendant 30 ans avec 10 personnes et vous aurez dans la cité la colonne vertebrale de votre établissement. La personne non lectrice a qui on aura fourni le moyen de légitimer la bibliothèque à travers une activité de ce type (appelez la animation si ça vous chante)ne s’inscrira jamais mais un beau jour vous la verrez débarquer dans vos locaux avec ses petits enfants (sous entendu que la lecture, c’est bon pour eux et qu’en plus c’est une super bibliothèque - il font des trucs bien). Si vous souhaitez développer plus avant votre réflexion sur l’animation, je vous conseille également l’article de Franck Lepage "étrange destin pour l’éducation populaire" monde diplomatique mai 2009. On y trouve quelques élements fondateur de ce qu’on peut attendre de la culture.
Bonjour,
Je pense qu’il est important de repenser aux missions des bibliothècaires,car en effet, les animations d’une bibliothèque peuvent rendre le lieu plus attratcif,vivant,et amèner à un travail trés intéréssant. Mais je constate sur mon propre lieu de travail par exemple en bibliothèque universitaire, que, plus on accepte d’élargir et de contribuer à de nouvelles choses plus notre métier se tourne vers la communication pure et l’on se retrouve partager entre nos missions principales de documentaliste et ces nouvelles missions d’animation et de communication : à savoir si on en a le temps, les moyens,et les limites entre les deux... ?
Faire les deux est toujours possible. Mais avec la même exigence de qualité, c’est douteux. Et le problème c’est que de nombreux collègues ont choisi : plutôt s’éclater dans de larges pratiques d’animation que d’avoir le poids de la routine bibliothéconomique à trainer comme un boulet.
Animer pour rendre acessible au plus grand nombre ce qui ne le serait pas à priori ? L’animation serait donc conçue comme une des stratégies, sinon la principale, de la démocratisation ratée de nos espaces "ouverts à tous" ? Ou animer pour attirer un petit nombre vers un lieu qu’ils ne fréquenteront pas davantage ? Regardez le succès grandissant des ateliers "multimedia" dans nos bibliothèques, et surtout, regardez leurs contenus (en dehors des initiations à la bureautique de base), les dérives sont déja là. Et les derives de certaines discothèques, voire des secteurs de littérature pour adolescents, la multiplication des prix littéraires décernés par l’Ado etc... Captation de l’ado. A tout prix. Et après ?
Les derives de l’animation sont aussi en grande partie dues à cette obsession de la profession de retenir l’adolescent, qui nous fuit entre 14 et 19 ans.
Quand cessera-t-on de leur courir après, comme s’ils étaient l’apha et l’oméga du service public, en agitant sous leur nez des breloques à la mode, comme les colons anciens deversaient verroteries et colifichets sous le nez des indiens ?
Viens apprendre à faire ton blog, a chatter, à graver de la musique gratos ( ?), à te montrer sur facebook , à faire des jeux en ligne...
On va où avec tout ça ?
Comme disait une collègue fanatique de stages, ce n’est pas que j’y apprends grand-chose, mais au moins on voit du monde, ça nous change un peu...
Ce débat illustre l’ampleur de l’interrogation autour de ce qui fonde l’activité des bibliothèques et le travail des bibliothécaires. Si la bibliothèque se définit par ses collections, les animations doivent viser à les promouvoir mais cela risque alors de se faire à leur détriment : les personnels et les budgets consacrés à la mise en place des animations ne vont pas directement aux collections.
Les bibliothécaires sont sans doute (c’est en partie rassurant) en phase avec nos contemporains : le pouvoir de séduction du livre seul est limité. Le choisir, le cataloguer, le mettre en rayon ne serait pas très attrayant et l’animation serait le moyen de varier les activités en investissant d’autres tâches plus épanouissantes.
Je partage les interrogations de Loïc (Cf. son premier message) sur les effets sur le public des animations telles qu’elles se déroulent souvent. Combien d’usagers intéressés ? Et combien de nouveaux ? Des études détaillées sur le sujet seraient les bienvenues pour étayer les doutes et créer les conditions d’une réflexion sur la nécessité (ou non) de cette activité. Jusqu’à quel point les discours qui justifient ces animations correspondent effectivement aux résultats observés ?
Si la nouvelle bibliothèque fonde son activité moins autour des collections que des publics alors on peut sans doute discuter certaines animations mais pas nécessairement y renoncer totalement. Identifier une attente d’un public sur un sujet (créer son blog, jardiner sans produits chimiques, etc.) me semble pouvoir justifier la mise en place d’animations. Bien sûr les autres acteurs locaux doivent être pris en compte. On peut dès lors proposer des animations dont certaines seront effectivement ciblées sur des tranches d’âges (y compris les ados !). C’est la focalisation sur les collections dans les missions qui crée du désordre...
Votre réponse permet de lever un éventuel doute sur l’expression "remettre les publics au centre".
Il semble que chacun est de plus en plus persuadé qu’il faille faire participer les publics à l’élaboration des contenus de ce que propose une structure. C’est le grand developpement actuel de l’interactivité et des services à distance. Par ailleurs ces contenus se sont clairement modifiés : le livre, et l’imprimé en général, ne se conçoit plus seul mais environné du multimédia. Cela fait au moins dix ans qu’aucune bibliothèque n’ouvre sans un contenu multimedia, des accès internet et de l’animation. Les contenus sociaux et ludiques deviennent de plus en plus importants en termes de temps de travail et d’attractivité. Les heures d’ouverture se modifient doucement mais surement, non pas pour engranger de nouveaux lecteurs mais pour améliorer le confort des publics emprunteurs et tenir compte des "séjourneurs". Une bibliothèque vient d’ouvrir en integrant la possibilité de boire et de manger dans les locaux.D’autres n’hesitent pas à prolonger leurs horaires pour faire la place à des ateliers multimédia, comme ils le faisaient en nocturne pour des animations plus classiques.
Bref, la mediathèque s’adapte et, comme vous le dites, "les bibliothécaires sont en phase avec nos contemporains". C’est un mouvement de fond, lent comme l’avancée d’un glacier, mais qui dépasse les petites querelles et débats idéologiques ponctuels, souvent menés par des technocrates qui cherchent absolument à "encadrer" le réel. Personne ne peut réellement prévoir quelles seront les limites de cette "mise en phase". Toutes les avancées des bibliothèques depuis 30 ans sont venues directement des professionnels de terrain, qui, finalement, ont toujours été "en phase".
Et dans ce contexte les "derives" de l’animation ne sont qu’une des facettes de l’adaptation et de l’ouverture de la mediathèque sur l’extérieur. Le public se retrouve donc effectivement au centre par un jeu d’élargissement en cercles concentriques du rayonnement de la bibliothèque comme lieu dans la ville. Mais pas au centre d’un lieu culturel ancien dont il s’agissait de "démocratiser" l’accès aux contenus traditionnels. Mais bien au centre d’un lieu tourné vers ses préoccupations du moment.
Et c’est peut-être là qu’il faut être prudent dans la tentation de définir, de graver dans le marbre, les nouvelles missions de nos structures. Il est fort probable que l’adaptation sera permanente et que nous naviguerons dans l’éphémère.
1) Actuellement la moitié des ménages français sont équipés en informatique. Les générations de transition disparaissent peu à peu ou ont une demande de formation. Qu’en sera-t-il, quand cette phase transitionnelle sera achevée, de l’offre des bibliothèques ? (A part la gratuité, peut-être, si ce concept se maintient)
2) Les générations les plus jeunes sont en train de se détourner de l’informatique classique, carrément perçu comme médiéval, au profit du "tout sur mon portable". Et twitter remplace blogger. Culture de l’instantané. Et la technologie suit à toute vitesse.
3) Toutes les collectivités locales améliorent leur offre ludique (appelons ça "utilisation du temps libre" par commodité). Les centres socio-culturels à vocations multiples fleurissent comme les maisons des jeunes dans les années 70. Avec des professionnels de l’animation. Et l’associatif suit en masse. Qu’en sera-t-il de l’offre des bibliothèques à ce niveau ?
4)Le numérique annoncé comme la fin des supports (et donc des lieux qui les contiennent) amènent à de nouveaux débats d’ores et déja : les discothècaires parlent de leurs fonds de façon patrimoniale, de préservation d’une offre spécifique unique sous-tendue par une cohérence culturelle. Les détenteurs d’enormes collections de fonds vinyles, qui se désolaient il y a peu encore, retrouvent le moral et developpent des stratégies de valorisation de leurs fonds, qu’il ne s’agit plus du tout désormais de brader. Les offres de telechargement numerique de type Bibliomedias viennent s’ajouter à l’existant et non plus l’annuler. A quand les mêmes discours pour l’imprimé par rapport au e-book ? Quelle redéfinition des politiques d’acquisition cela amènera-t-il ? Certains prédisent ou tentent dans le monde de l’édition, un retour des encyclopédies-papier, que feront les bibliothécaires qui ont jeté leurs encyclos, puis leurs encyclos sur cederom, pour une offre en ligne ? Ils s’adapteront.
Tout ceci pour dire que les contenus dits traditionnels retrouvent, pour l’instant dans le discours, une légitimité, que certains enterraient un peu vite. Et mème le catalogage, décrié sur tous les tons comme inutile au profit de catalogues collectifs uniformes, retrouvera probablement un sens très particulier de valorisation des contenus : Il ne s’agira plus tant d’unimarc, de Rameau et d’importation de notices creuses de type BNF, que d’enrichissement des notices par webservices divers. Cataloguer ne sera légitime que si c’est pour améliorer les Opacs. Et certains y travaillent déja. D’ores et déja le choix d’un logiciel ne devrait être justifié que par rapport à ce qu’il propose en matière d’accès public.
On voit donc bien que nous sommes et serons en adaptation permanente et qu’une définition actuelle des contenus et missions basée sur l’actuelle querelle des anciens et des modernes, risque d’être vite obsolète. Comme toute tentative d’encadrement à terme. Ne jetons rien. Ne lançons pas non plus d’anathèmes sur "l’illusion techniciste" de certains ou les "derives de l’animation" de certains autres . La nouvelle bibliothèque existe déja. Chaotique, multiforme, variée, projetée ou vécue. Ce n’est plus un souhait c’est déja un constat.
Evaluons ces pratiques et publions.
Parfaitement d’accord sur la nécessaire souplesse de la réflexion sur les missions et services des bibliothèques. Le "modèle" doit devenir un processus !
D’accord aussi sur l’idée d’une évolution silencieuse des bibliothèques. Bien des professionnels laissent à d’autres les débats que vous qualifiez d’"idéologiques" et composent avec la réalité de leurs publics et du monde tel qu’il se présente. Il reste que d’autres rencontrent des difficultés à remanier le cadre de leur action basé sur un modèle désormais obsolète. C’est la raison pour laquelle il faut questionner certaines pratiques et ce qui les légitime. Il s’agit moins d’encadrer les pratiques que de les éclairer ou d’en proposer de nouvelles qui prennent mieux en compte la réalité de la population à desservir.
Bonjour et vœux très sincères pour ce projet.
Je viens de découvrir ce site. Comment ? Réfléchissant au programme d’animation 2010/2011, avec beaucoup de questions quant à la finalité de ces actions et un sentiment de plus en plus aigu de faire autre chose que mon travail j’ai lancé cette requête : « animation en bibliothèque au détriment des fonds »sur mon moteur de recherche favori et suis naturellement (première occurrence) tombée sur une page de votre site.
Séduite par le projet, j’y ai consulté de nombreuses contributions. J’ai lu par exemple qu’il faudrait changer certains mots de notre jargon : je suggère la disparition du terme conservateur (sauf peut-être pour quelques établissements dont c’est la vocation à l’instar des musées). Je ne me considère pas comme un gardien du patrimoine (même si le désherbage est quelquefois douloureux) mais comme au service de la population d’une collectivité (environ 40000h) pour répondre à des besoins (sans doute aussi les susciter) en matière de distraction, d’information, de formation « fonctionnelle » ou culturelle.
L’activité des médiathèques se fonde a la fois sur des publics et des ressources documentaires et culturelles. Que seraient les uns sans les autres ? Les uns et les autres changent en permanence et l’on pourrait ajouter de plus en plus vite, évolution de la société, environnement local, progrès technologique...
...Et le cadre du programme d’animation que je dois proposer demain dans tout ça ?
Animer = rendre vivant. Ainsi la médiathèque ne serait vivante qu’à certaines dates et le reste du temps ? Animer une médiathèque est à mes yeux une obligation quotidienne et non ponctuelle, événementielle.
Par une qualité d’accueil et d’écoute des besoins exprimés. Par un suivi régulier et une connaissance des fonds et au delà de l’offre (oui aux catalogues enrichis !). Par un réajustement permanent à de nouvelles expressions de besoins, par une remise en question régulière de l’organisation des collections et des services. Par l’accompagnement du public dans ces changements.
Et par tout ce que notre curiosité et notre imagination pourront nous suggérer pour conserver à notre profession son intérêt et son souffle. Pour accroitre le nombres d’inscrits et/ou d’usagers : comptons sur la satisfaction des usagers et le bouche à oreilles.
Merci pour votre site. Cordialement
Il faudrait pouvoir le mesurer de façon précise mais il est certain que cet été a vu fleurir un nombre jamais vu d’initiatives de bibliothèques au bord des plages ou dans le cadre des animations estivales dans les villes. Ces initiatives me paraissent aller dans le sens de la "nouvelle bibliothèque" au sens où elles partent de la population à desservir :
Les usagers potentiels sont à la plage à cette saison et on va vers eux,
la sélection dans les collections est drastique et se préoccupe largement des attentes "décomplexées" des vacanciers
en certains cas, l’accueil et le mobilier insistent sur le confort des usagers.
Au total, la bibliothèque change de visage et accompagne son public en lui offrant un moment de liberté partagé (surtout de façon informelle) avec d’autres. Alors quel bilan tiré de ces initiatives ? Quel accueil leur est-il réservé ? A défaut de pouvoir dressé un bilan au niveau national, Françoise Navarro (directrice de la BDP76 que je remercie ) m’a fourni des éléments sur cette opération que la Seine-Maritime mène depuis 2006. Cf son commentaire sur le blog de Livres-Hebdo : http://www.livreshebdo.fr/weblog/du-cote-des-lecteurs---23/442.aspx. Une enquête de 2008 auprès de 1600 visiteurs répartis sur les 11 sites permet de mettre en avant deux chiffres qui retiennent l’attention et donnent du crédit à cette initiative "Lire à la plage". Un tiers des visiteurs se présentent comme des lecteurs non réguliers. 42% ne fréquentent pas de bibliothèques en dehors de ce cadre.
Ces chiffres montrent que ce dispositif sait capter un public fidèle de la lecture (effet d’aubaine) mais il sait aussi attirer des personnes moins familières de cette pratique et de cette institution. Ce faisant la bibliothèque remplit une fonction de démocratisation de la lecture en captant ceux qui habituellement ne franchissent pas le seuil des équipements "en dur". Le succès de cette opération est aussi visible à travers les commentaires des visiteurs. On peut en lire un florilège sur la page facebook mise en place à l’occasion : http://www.facebook.com/pages/Lire-a-la-plage-en-Seine-Maritime/89618943111 ?v=photos&viewas=0#/pages/Lire-a-la-plage-en-Seine-Maritime/89618943111 ?v=wall&viewas=0.
Il serait bien sûr intéressant de détailler l’analyse en cherchant à voir comment varie la proportion de non familiers du livre et des bibliothèques selon les choix faits dans le dispositif (accueil, collections, mobiliers, etc.). Mais pour l’heure, en cette fin d’été, réjouissons-nous de ce succès qui valorise les bibliothèques et montre qu’il est possible d’agir... !